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Marielle de Sarnez: « L’Islande à sa place dans l’UE ».

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MARIELLE DE SARNEZ  sur BFM Radio La rédaction – Le Grand Journal – Auteur du « Petit dictionnaire pour aimer l’Europe », Marielle de Sarnez est tête de liste du MoDem en Ile-de-France pour les élections européennes. Entretien.

Fabrice Lundy : On est à quatre semaines du scrutin des européennes. Dans l’actualité de l’après-midi, Bernard Kouchner, qui annonce depuis New York qu’il va soutenir les listes UMP. Le ministre des Affaires Etrangères avait déclaré au Parisien qu’il voulait voir les différents programmes avant de se prononcer. Vous lui aviez envoyé le programme du MoDem ?

Marielle de Sarnez : Notre programme est sur le site Internet du MoDem, depuis plusieurs mois. Je n’ai pas trèsenvie de commenter Kouchner, je trouve que la question de l’Islande est franchement plus intéressante. Ce qu’on peut dire sur Bernard Kouchner, c’est que visiblement il n’a pas été pour le moins foudroyé d’un enthousiasme total à l’égard de l’UMP, et de son programme, qui lui a déjà tapé sur les doigts et, du coup, il a fait demi-tour. Je ne vois pas ce que je peux dire de plus.

C’est le fait que finalement il n’y a pas d’Europe de droite ni d’Europe de gauche ?

Ce n’est pas du tout ce que je dis. La question est à poser à Kouchner au fond. Pourquoi a-t-il comme ça dit que finalement il ne savait pas pour qui voter, qu’il devait d’abord lire le programme de l’UMP. Je suppose que ça n’a pas dû enchanter les responsables de l’UMP.

Vous avez l’impression qu’il y va un peu contre son gré ?

Oui, c’est le moins que l’on puisse dire. En tout cas, on n’a pas le sentiment qu’il a un enthousiasme débordant pour les listes du parti qu’il est censé soutenir, au fond.

Un mois sur l’Islande, il faut qu’elle rejoigne le club Europe ?

Oui, bien sûr, je trouve que l’Islande a sa place en Europe. Ce qui me frappe aussi, c’est qu’on est toujours très interrogatif sur l’Europe. Quand on est au sein de l’Union européenne, on n’est pas enthousiasme, et quand vous parlez de l’Europe à l’extérieur de cette UE, vous voyez qu’elle attire beaucoup, qu’elle est très attractive. De nombreux Etats, dont l’Islande, se disent qu’au fond s’ils étaient en Europe ils seraient sans doute mieux protégés. Je crois donc que c’est une bonne réponse et que ça me donne envie d’aller plus loin sur le plan notamment de la réponse de l’Europe à la crise.

 

 

Il faut accélérer, par exemple, le processus d’intégration de l’Islande, et d’autres peut-être ?

Je crois qu’il faut en tout cas oser se poser la question d’un certain nombre de pays qui sont dans l’Union Européenne aujourd’hui sans être dans la zone Euro, mais qu’ils ont envie de rejoindre. Je suis pour que l’on se pose la question. Il y a des moments dans l’Histoire, où il faut savoir prendre des décisions et avancer, même si ça n’a pas l’air facile au premier abord. Je pense à la réunification allemande. Au fond, il faut élargir la zone Euro pour montrer que l’Europe est capable d’être solidaire. Je trouve que ce serait un formidable signal.

Comme l’élargir aux pays de l’Europe de l’Est, qui souffrent terriblement financièrement et économiquement depuis un an ?

L’un des enjeux des élections européennes, c’est d’avoir une bonne réponse à la crise. Une bonne réponse à la crise, selon moi, passe par davantage de solidarité, pour les Européens et entre les différents pays européens. Je suis très frappée de voir que tous les pays en difficulté monétaire vont frapper à la porte du FMI. L’Europe devrait être là à leur côté, les aider, les sécuriser. Je trouve que ça vaut le coup que l’on se pose la question de l’élargissement de la zone Euro.

L’un des enjeux en filigrane de cette élection, cette question pour ou contre José Manuel Barroso, président de la Commission, candidat à sa propre succession, un homme soutenu à la fois par la droite et par des dirigeants socialistes, socio-démocrates, des dirigeants de gauche. Est-ce que ça ne vous plaît pas finalement ce ni gauche ni droite ?

Je trouve ça terrible sur la forme et sur le fond. Je trouve ça terrible sur la forme que des chefs d’Etat et de gouvernement entre eux, dans une sorte de petit huis clos, avant même que les citoyens européens aient voté, disent quel va être le prochain gouvernement de l’Europe. Quand vous y réfléchissez, c’est un déni de démocratie absolu. Au fond, c’est aux Européens de dire ce dont ils ont envie pour les cinq années à venir, s’ils ont envie d’une Europe plus sociale, qui soit plus solidaire, s’ils ont envie d’aller vers une harmonisation fiscale, s’ils ont envie qu’il y ait une économie différente et plus durable et plus sociale. Toutes ces questions sont extrêmement importantes, et le Gouvernement de l’Union devrait découler de ce choix politique des citoyens. C’est donc choquant sur la forme, et aussi sur le fond, parce que je crois à la force de la Commission, à ses pouvoirs d’initiatives et même au devoir d’initiatives, et je trouve que pendant la crise, au fond, nous n’avons pas entendu la Commission européenne et c’est une faute.

Mais vous l’étiquetez comment ce José Manuel Barroso ?

De droite. Il était maoïste dans sa jeunesse. C’est un pragmatique de droite, conservateur, plutôt pro-atlantiste, on se souvient de la photo du sommet des Açores. Il était plutôt à l’époque aux côtés de Bush.

Cela ne vous convient pas ?

Je suis pour une Commission forte, je suis pour qu’à côté des Etats, des peuples et des nations, qui sont forts et qui existent, il y ait un lieu où l’intérêt général européen soit pris en compte, défendu, porté, valorisé. Je dis toujours que si dans la crise on avait eu par exemple un Jacques Delors comme président de la Commission on aurait eu sur la table des vraies propositions, par exemple d’un plan de relance européen ou de grands travaux européens. Cela manque sacrément à l’Europe. Chacun a fait son petit plan dans son coin et, au fond, nous ne pesons pas, nous Européens, sur la croissance.

En tout cas, le Parti démocrate européen, auquel appartient le MoDem, a déjà deux candidats, l’ancien Premier ministre belge Guy Verhofsadt et l’Italien Mario Monti, qui n’est pas le moins libéral ?

C’est un homme de centre gauche ou de gauche, qui reconnaît qu’il y a une économie sociale de marché. Je suis aussi pour l’économie sociale de marché, très franchement. C’est pour montrer qu’il y a d’autres hommes, d’autres personnalités qui sont, au fond, des Européens et qui ont l’énergie peut-être, ou l’envie. Dans les cinq années qui viennent, l’Europe doit franchir un pas, une étape très importante. On a fait l’Europe du marché, on a fait l’Europe de l’économie, du Marché commun. Maintenant, il faut faire l’Europe pour les Européens, il faut une Europe plus protectrice, plus attentive aux Européens.

 

 

Lors du meeting avec Angela Merkel, en Allemagne, on a pu entendre l’amitié franco-allemande exacerbée par Nicolas Sarkozy, qui nous dit que c’est le trésor le plus précieux pour l’Europe et le monde. C’est une véritable déclaration d’amour. Sarkozy et Merkel qui font cause commune à un mois du scrutin, ça vous dérange vous, les têtes de liste du MoDem ?

Je vais vous dire ce que je vois avec Nicolas Sarkozy, c’est toujours une succession de discours et beaucoup de mots. Il a dit hier « Nous avons réglé au G20 la question des hedge funds, nous avons réglé la question des paradis fiscaux.» Bref, « nous avons tout fait », et c’est terrible parce que ce sont des mots, des discours, et au fond si vous regardez la réalité des choses, depuis le G20, rien ne s’est passé. L’Union européenne n’a pris aucune décision, par exemple en ce qui concerne les paradis fiscaux. Or, il suffirait que nous disions que nous n’acceptons plus sur notre territoire des entreprises ou des banques qui ont des liens avec les paradis fiscaux pour qu’aussitôt ça cesse. Il y a donc un cap, un fossé tellement immense entre ces discours et la réalité que, quelque part, ça procède aussi du malentendu qu’il y a souvent entre la France et l’Europe.

A écouter en podcast:

http://www.radiobfm.com/edito/info/31113/marielle-de-sarnez-l-islande-a-sa-place-dans-l-union-europeenne-/
 

 

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